Comment apprend-on une leçon ?

Peu de maîtres d’école prennent le temps d’enseigner à leurs jeunes élèves les différentes méthodes pour apprendre efficacement des leçons. Nous le répétons, le système scolaire français fait la part belle à la mémorisation à outrance d’un grand nombre d’informations, ce qui est un handicap pour les élèves plus lents (qui mémorisent lentement). Ces élèves rapidement surchargés, ne seront plus capables de suivre. Leur double peine c’est de ne pas posséder de méthode personnelle (qui fonctionne pour eux) qui leur permette de gagner du temps. L’apprentissage des méthodes est induit tout au long de la scolarité au cours de laquelle les élèves feront le tri des méthodes qui marchent. Sans doute vont-ils s’échanger des méthodes pour que, progressivement, chaque élève gagne en rapidité et en efficacité et soit capable d’aller très loin dans leurs étude.

Si on devait résumer les éléments importants pour apprendre des leçons :

  1. Résumer l’objectif de la leçon (le pourquoi ?) : c’est le résumé du résumé. L’élève doit pouvoir connaître à l’avance ce qu’il va apprendre. Beaucoup de leçons anglo-saxonnes commencent par les objectifs, ce que l’élève doit espérer apprendre avec la leçon. Puis le contenu est progressivement développé, avec une conclusion.
  2. Parcourir rapidement la leçon (le quoi ?) pour en percevoir la structure, l’organisation, les idées générales, le nombre de mots qu’il faut retenir et notamment ceux qui sont nouveaux et dont il faudra chercher les définitions. Les meilleures leçons sont celles qui parviennent à expliquer simplement le contenu d’une leçon, avec des termes adaptés à l’âge de l’enfant. Il faut réussir la difficile alchimie qui consiste à proposer quelques mots nouveaux à chaque fois. Autant vous dire que les leçons de ma fille que je lis m’effraient littéralement. Il n’est pas rare que plus de la moitié des mots lui sont incompréhensibles … on attend donc de l’élève qu’il apprenne par cœur des formules magiques !
  3. Mémoriser la structure de la leçon (le comment ?). Enfin, quand une telle structure existe ! Il m’est arrivé de voir des leçons qui n’avaient ni queue ni tête (en géographie notamment) et qui étaient manifestement des collages rapides de sources diverses (Ah ! Internet !) formant un patchwork invraisemblable. Une leçon structurée aide l’élève à mémoriser les idées maîtresses. Celui-ci va créer des rangements virtuels avec des étiquettes déjà prédéfinis. Une leçon mal structurée oblige l’élève, qui ne saura pas en primaire sans l’aide d’un adulte qui est passé longtemps par l’école, à remettre les idées en ordre. Plus généralement, j’aide ma fille à trouver l’idée « conteneur » (le tiroir, la catégorie) et les idées « contenues » (ce qu’on doit y mettre); je l’aide aussi à associer les idées entre elles pour que l’ensemble devienne cohérent et porteur de sens. Ce n’est pas toujours facile dans une école où le bourrage de mu prévaut au détriment de l’apprentissage qui structure. Pour faire écho à Montaigne, il faut préférer forger son esprit plutôt que de le meubler. La première option prend beaucoup de temps et facilite grandement la seconde.
  4. Identifier tous les mots-clé (importants) qui vont servir, comme les cailloux pour le Petit Poucet, à retrouver le chemin des idées qui auront la fâcheuse tendance à s’effacer avec le temps! On fait une liste de ces mots-clé, dans un ordre qui a du sens (qui suit généralement la leçon). Il est plus facile de retenir, dans l’ordre, une série de mots, que de retenir un texte dans son ensemble. A partir de ces mots-clé, on réussira à retrouver l’idée générale de la leçon, en les suivant successivement. Cela est même un jeu : on reformule des phrases très personnelles en utilisant chaque mot-clé jusqu’à reproduire, sans s’en rendre compte, la leçon à apprendre ! Les meilleures leçons possèdent une section « Ce qu’il faut retenir ». La leçon elle-même est censée fournir des explications, plus longues, pour aider à comprendre le contexte global, les enjeux, mais en aucun cas elle devrait être apprise par cœur (en tout cas au primaire).
  5. Comprendre tous les mots de la leçon. On ne peut mémoriser que les mots qu’on comprend parfaitement. Pour mémoriser des mots, on s’aide des racines (c’est le programme de CM1) communes à des familles de mots, on s’aide aussi par des sons, mais surtout par des images. La mémoire est avant tout visuelle. Je dis souvent à Maëli que si elle n’obtient pas d’image c’est que la leçon est vide de sens et ne pourra pas être retenue longtemps. Une idée en chassera une autre, sauf si on parvient à la fixer en mémoire (par le jeu d’associations d’idées et le degré d’attention qu’on y porte).
  6. Lire la leçon à haute voix. Pour activer la mémoire auditive, plus ou moins développée chez les enfants (et les adultes). On en profitera pour se mettre en mouvement. L’enfant peut s’aider de son corps, notamment en marchant, ou en appuyant ses propos avec des gestes, un peu comme les grands orateurs.
  7. Raconter une histoire. Sauf pour les mathématiques, une leçon raconte une histoire. Elle met en musique des informations qui véhiculent un sens, en articulant des images les unes avec les autres jusqu’à devenir une bande dessinée, le story-board d’un film.
  8. Se parler. Très important, on apprend en dialoguant sans cesse avec soi-même. C’est de cette manière qu’on réfléchit, par exemple en jouant tour à tour le double rôle de l’élève et du maître. A chaque fois que « l’élève » ne sait pas répondre à la question du « maître », il faudra relire la leçon en plaçant l’attention à l’endroit où ça bloque. Comme on peint un mur, on mémorise « en plusieurs couches » successives.
  9. Mettre l’apprentissage dans la perspective d’un projet. La mémoire est d’autant plus efficace qu’elle a un but à long terme. Si elle ne peut pas s’inscrire plus loin que la satisfaction des parents, elle sera volatile. A moyen terme, l’élève a intérêt à se mettre dans sa propre peau en classe (mais ce n’est pas génial pour les élèves les plus anxieux) pendant une évaluation. A long terme, il faut trouver la motivation qui sera capable d’ancrer durablemeny
  10. Répéter. Ce n’est que le moyen accessoire de tout ce qui précède, mais qui reste indispensable. Cela ne signifie pas qu’il faut répéter pour la mémorisation immédiate (c’est évident mais cela ne marche qu’à court terme) car chaque heure qui passe va engendrer une perte partielle de ce qui venait d’être mémorisé. L’autre aspect de la mémoire c’est l’importance de l’affect. Aucun enfant n’oubliera les vacances merveilleuses qu’il aura passées dans la maison de ses grands-parents, avec sa part de mystères et d’aventure, ses câlins inconditionnels, sa liberté retrouvée. Le souvenir est de l’ordre du vécu, de l’expérience belle et agréable. Répéter c’est donc répéter une leçon, mais aussi faire en sorte de renouveler une expérience qui amène satisfaction, et remettre en scène ce même apprentissage durant les semaines qui vont suivre. Idéalement (et utopique), le programme est fait de telle sorte que dans la même année, l’élève pourra réutiliser les éléments appris précédemment, afin qu’il activera régulièrement sa mémoire et qu’elle passe de la zone de mémoire à court terme à la zone de mémoire à long terme. La mémorisation ne semble pas être un processus linéaire mais cyclique. La mémorisation linéaire se perd dans le brouillard du temps.
    Un exercice intéressant mis en oeuvre sur ce site, c’est de répondre à des quiz de manière répétée. Cela aide à fixer les idées les plus difficiles à retenir. On peut répondre plusieurs fois aux quiz a plusieurs jours ou semaines d’écart. C’est si efficace, que je ne comprends pas pourquoi toutes les écoles ne s’y sont pas mises. D’autant que l’outil informatique et Internet procurent un contexte ludique intéressant pour les élèves les plus récalcitrants. L’informatique ne juge pas des résultats de l’élève et l’aide à progresser …

Je vais continuer de donner quelques astuces pour faire apprendre des leçons et de les nourrir progressivement de données de psychologie glanées de-ci de-là qui font écho à mon expérience des difficultés que j’ai rencontrées dans mon enfance, et que j’ai vaincues, et celles que semble connaître ma fille.

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