Les difficultés d’apprentissage

Certains enfants ont plus de difficultés que d’autres à l’école : ce sont ceux qui ont du mal à se concentrer, ceux qui ne peuvent pas recevoir d’aide efficace des parents (peu de temps, pas de maîtrise suffisante de la langue, pas de capacité à expliquer clairement, les parents trop impatients …), ceux qui ont hérité d’une ou plusieurs mauvaises années précédente(s) … bas les masques! L’école est à plusieurs vitesses, mais rarement pour s’adapter aux enfants. Les maîtres d’école n’ont pas tous la même compétence, ni la même capacité à se remettre en question.

Parce que les enfants sont tous différents, que leur maturité et que leur appétit d’apprentissage sont variables, la pédagogie devrait être différenciée par défaut. Dans l’école de mes enfants, ce n’est pas la règle. Le standard est, de manière toujours surprenante, le double niveau … ce qui a permis à ma fille, avec de faibles capacités de concentration et ayant besoin de plus de temps que les autres, d’éprouver toutes les difficultés du monde à étudier efficacement.

Je ne le répéterai jamais assez : au primaire, les enfants sont trop souvent mal préparés à apprendre leurs leçons, et cela pour deux raisons :
– la qualité médiocre du matériel pédagogique (je ne compte pas les emprunts à des cours récupérés sur internet par petits bouts, formant au final un patchwork où les contradictions ne sont pas rares)
– l’absence d’apprentissage de méthodes (par là je veux dire différentes méthodes précisément pour s’adapter aux différences des enfants)

Je passe du temps à essayer de comprendre comment le cerveau de ma fille en primaire peut bien fonctionner. je fais des rapprochements plus ou moins heureux avec ce que je comprends du mien. J’en suis arrivé à de simples constatations :
– les enfants oublient rapidement ce qu’ils ont mémorisé (généralement il ne reste que peu de chose le lundi de ce qui a été appris le vendredi ou le samedi)
– les enfants savent mémoriser naturellement ce qui les intéresse (les connexions neuronales sont particulièrement efficaces quand leur intérêt est en jeu) et il y a donc des compétences innées sur lesquelles l’enfant peut se reposer
– les enfants reposent de manière très importante sur le visuel, et pas seulement parce que notre société
– les enfants semblent s’habituer très rapidement à l’outil informatique qui devrait être une assistance OBLIGATOIRE pour préparer leur avenir : celui-ci est interactif, il ne juge pas et donne un résultat binaire (je reviendrai sur l’imbécillité d’avoir supprimé les notes au primaire)

Comment apprend l’enfant? Par la répétition bien-sûr, mais pas n’importe comment. Il faut que les leçons signifient quelque chose (c’est rarement le cas au primaire) ce qui implique de doser l’introduction de nouveaux termes (supprimer par exemple tout latinisme ou symbolisme dont les règles ne seront apprises qu’au collège) et d’inclure des explications dans le texte afin d’éviter des allers et retours incessants vers le dictionnaire. De manière très simple : si un enfant passe plus de temps à chercher des mots dans un dictionnaire qu’à s’intéresser à sa leçon, c’est que la leçon est mal faite! Et là, l’outil informatique est d’une grande aide … sur ce site sera progressivement mis en place un dictionnaire adapté pour expliquer les termes au fil de la lecture. Ce qui ne dédouane pas l’enfant à apprendre à chercher des définitions dans un dictionnaire papier … mais est-ce vraiment leur futur?

La plupart des leçons ne sont pas (ou mal) catégorisées. Or, la première nécessité de l’apprenant c’est de classer les informations de la plus importante à la moins importante, de créer des relations entre les différentes informations. Le cerveau semble fonctionner un peu comme une base de données, créant d’incessantes relations entre les informations mémorisées. Ces relations agrandissent la capacité de mémorisation.
L’illustration des leçons est très approximative et passe par de nombreux emprunts à des sources diverses. Mais ce qui manque, c’est l’utilisation de diagrammes simples pour mettre en évidence le point précédent. La mémoire visuelle est très importante et il faut permettre à l’enfant de « photographier » non pas l’information, mais les informations reliées les unes aux autres dans ub contexte qui fait sens, qui raconte une histoire.
L’autre manière d’apprendre une leçon c’est de l’entendre. Personnellement, cette capacité est atrophiée depuis très longtemps. Il m’est presque impossible de me concentrer longtemps sur la voix de quelqu’un m’expliquant quelque chose : cela m’endort très vite et je m’évade de manière compulsive. J’ai besoin de lire et de visualiser, de prendre le temps de classer. Une manière d’accueillir ce que j’entends, c’est d’avoir pu organiser le contenu au préalable … la pédagogie de la formation pour les adultes connaît bien cela, et les supports de cours passent toujours par un survol du contenu et les objectifs à atteindre. Ce n’est pas indispensable, mais cela « prépare le terrain » et permet même de se donner des priorités en réservant une plus grande part d’attention à certains points précis. Je n’en suis pas encore certain, mais il semble que le cerveau d’un enfant a besoin de cette même préparation. Je passe donc du temps à formaliser un survol des leçons et à l’établissement du contexte avant de faire apprendre des leçons. Ensuite, je clarifie le vocabulaire, généralement en le simplifiant grandement.
Il ne faut pas s’y tromper, tous les outils d’aujourd’hui ne préparent pas, loin s’en faut, l’enfant à se concentrer et à passer du temps. Tout doit aller très vite et l’ennui est le meilleur ennemi de l’apprenant. Deux options à ce problème : soit on s’insurge en réaction à cette anomalie (ce qui est philosophiquement intéressant mais cela revient à nager à contre-courant), soit on intègre rapidement la pédagogie à la prise en compte des outils et au rythme souhaité par l’enfant. Au final, même si cela prendra des décennies et des « sacrifices humains » pour s’adapter, la pédagogie s’alignera avec les besoins de son temps. Mais force est de constater que la pédagogie  est une discipline trop souvent conservatrice plutôt qu’innovante et que le retard par rapport à l’usage des nouvelles technologies est criant. Si je compare avec la formation en ligne dans la société anglo-saxonne, la Franc accuse un retard d’une bonne décennie! Dans certaines universités, on croit toujours, sous l’influence néfaste d’une pédagogie d’Etat peut-être, qu’il n’y a rien de mieux pour apprendre que la récitation d’un cours magistral … au point que dans les formations académiques en ligne, il est souvent nécessaire d’écouter en différé l’enregistrement vidéo parfois très ennuyeux d’un enseignant délivrant mécaniquement le contenu de son cours … en ce qui me concerne, c’est la plupart du temps une perte de temps cruelle. Je préfère de loin la lecture d’un cours bien écrit, aux informations bien classées, et aux mots choisis … comme d’autres adultes, je reste tributaire d’une activité parasite particulièrement chronophage : réécrire inlassablement un contenu inadapté; mettre par écrit .

  • Apprendre c’est répéter — inlassablement
  • Apprendre c’est comprendre — si les mots n’ont pas de sens, pas de mémorisation à long terme
  • Apprendre c’est se raconter une histoire — avec tous les liens nécessaires à donner vie
  • Apprendre c’est visualiser, avoir des images en tête
  • Apprendre c’est entendre — au final les idées entendues formeront des images dans la tête!
  • Apprendre c’est s’intéresser — l’élève qui ne s’intéresse pas au sujet, n’apprendra rien ou mettra un temps et des efforts incroyablement importants

Un article intéressant sur la pédagogie différenciée
http://www.cafepedagogique.net/LEXPRESSO/Pages/2013/09/09092013Article635143083792793702.aspx

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